Octobre - 2011

Libye : il est temps d'arrêter le désastre

Point de vue | LEMONDE.FR | 13.10.11 | 09h16  
•  Mis à jour le 13.10.11 | 09h17 Par Jean-François Galletout, président d'Orient Méditerranée inter-perspectives (OMIP)

Une solution négociée était possible depuis le début des événements. Les combats se poursuivent et l'OTAN bombarde la Libye depuis samedi 19 mars, en application d'une résolution 1973 suffisamment floue pour laisser penser que son but ultime n'était pas de soutenir la révolte mais de chasser le dirigeant libyen. Tout le monde le pense sans le dire.

N'avons-nous pas profité de l'insurrection d'une partie de la population de l'est libyen pour exercer une vendetta qui n'est pas sans calcul et qui peut engendrer un nouvel Iraq ? Le problème ne devait pas se résumer à la seule personne du dirigeant libyen mais tenir compte des spécificités du pays. Cette erreur coûte fort cher au peuple libyen que l'on voulait accompagner sur la voie d'un changement…

Depuis la levée des sanctions contre la Libye en 2004 on pouvait avoir le sentiment jusqu'à la fin 2010 que l'on renouait avec la "lune de miel" des années soixante-dix, celles où le colonel Kadhafi et son second, le commandant Jalloud, étaient reçus en France en amis, non sans voix discordantes dans la classe politique, déjà… Mais très rapidement après la proclamation de la république des masses (Jamahiriya, 1977) et la publication du livre vert présentant "la troisième théorie universelle", le guide libyen a réussi à se mettre à dos la majeure partie de la communauté internationale. A juste titre.

Le financement de groupes armés en Europe et dans le monde, la participation d'éléments libyens à plusieurs attentats terrestres et aériens contre des civils et les ingérences libyennes au Tchad ont achevé d'attiser la haine à son égard. A quoi il faut ajouter la méconnaissance des occidentaux des spécificités géopolitiques et culturelles du pays et l'incompréhension du système politique libyen, mélange de marxisme arabisé associé aux alliances tribales. Dès l'instauration de l'embargo aérien de l'ONU en 1991 – qui se prolongera jusqu'en 2004 – notre niveau de connaissance de ce pays, à deux heures d'avion de la France, n'a cessé de se dégrader. Notre maigre intérêt et celui des médias se sont plus portés sur les aspects "people" de Kadhafi  et de son clan que sur le
fonctionnement du pays et la vie de ses habitants.

Nouvel eldorado pour les affaires depuis 2004, en pleine invasion de l'Irak, pompe à fric que l'occident désargenté utilise au maximum, réservoir d'énergies siphonné à tout va pour alimenter l'Europe, la Libye attise un intérêt néocolonial. Beaucoup de dirigeants européens allaient régulièrement mendier à Tripoli. Pour les américains, les anglais et les français, sans grand succès, à la différence des italiens, des russes, des chinois et des pays du sud-est asiatique qui, à eux tous, totalisaient plusieurs dizaines de milliards de dollars de contrats. Des broutilles à côté des contrats à venir…

 Jamais n'avons-nous joué franc-jeu avec la Libye. D'aucuns prétendaient qu'on ne le pouvait pas, que Kadhafi n'était pas fiable et que travailler avec lui eut été dangereux. Peut-être. Il est sûr que nous ne nous remettons pas de notre lent déclin en Afrique et dans le monde arabe et que notre arrogance et notre aveuglement nous empêchent d'envisager toute relation de réel partenariat, comme proposé à plusieurs reprises par la Libye et l'Union africaine pour le développement du continent. La Libye en avait les moyens, nous ne les avons plus. En bref, nous n'avons jamais pu admettre qu'un pays arabe ou d'Afrique traite avec nous d'égal à égal. Notre condescendance n'a d'égal que notre ignorance d'un monde afro-arabo- méditerranéen en mutation.

Ce n'est pas à l'occident, ni même aux membres permanents du conseil de sécurité de l'ONU de diriger le monde à coups de résolutions quand cela les arrange. Ce qui aurait dû compter dans nos choix sont les aspirations réelles du peuple libyen, dans toutes ses composantes, de Cyrénaïque, de Tripolitaine et du Fezzan, peuple réellement uni depuis 1969. Notre analyse erronée de la révolte d'une partie de l'est libyen, motivée par l'attentisme et la culpabilité sur les révoltes tunisienne et égyptienne nous a entrainé à prendre des décisions hasardeuses. Nos belles paroles, nos incantations et nos vœux pieux sans actions concrètes en temps et en heures ne servent pas à grand-chose si ce n'est à nous donner bonne conscience et à envoyer des messages biaisés aux insurgés de tous pays. Ils ont été ainsi incités à marcher sur Tripoli, véritable mirage pour qui connaît le terrain entre Adjedabia et la Tripolitaine. Cette attitude à contretemps aura coûté des milliers de vies libyennes et n'aura à ce jour ni aidé à régler les problèmes, ni à provoquer un dialogue et la réconciliation nationale.

Aucune offre sérieuse de médiation n'a été proposée quand il était temps de le faire, juste après que l'Est fut passé sous le contrôle des insurgés par exemple. A ce moment-là, il eut fallu, avec fermeté et d'une voix unie proposer un cessez-le feu, assorti de la menace de la zone d'exclusion aérienne qui est arrivée trop tard, et d'un éventuel débarquement d'une force d'interposition internationale ou multinationale dans le golfe de Syrte. La topographie s'y prête parfaitement. 11 000 casques bleus en Côte d'Ivoire et 20 000 au Soudan, zéro pour la Libye ? Les politiques occidentaux ne savent plus dialoguer, la méconnaissance et la peur de l'Autre les en empêche. L'ONU serait-elle devenue une chambre d'enregistrement ? Ou plutôt ne voulait-on pas la voir s'interposer et gêner nos plans ?

L'occasion de faire tomber Kadhafi était trop belle et nous a aveuglée. L'action militaire en cours, que l'on entend manifestement poursuivre jusqu'au bout de la division des populations et l'ancrage des milices, a généré un véritable chaos en Libye dont le peuple se relevait à peine des treize années des sanctions précédentes. Ces erreurs coûtent cher à tous les libyens sans distinction et pour longtemps ainsi qu'aux pays riverains qui s'inquiètent. Les actions militaires en Afghanistan, en Iraq ces vingt dernières années ont-elles apporté un réel mieux vivre aux peuples ? Pourquoi en serait-il autrement en Libye ? A moins que nous ayons à nouveau besoin, très vite, d'un gouvernement plus docile pour faire le sale boulot comme rempart à l'immigration ou à AQMI, de son pétrole et de son gaz, de ses fonds souverains d'investissement dans l'économie mondiale. L'argent n'a pas d'odeur. Pas même celle de la souffrance et du sang versé par tous les libyens. Il est temps d'arrêter le désastre. Par la négociation et la réconciliation nationale.

La chute de Kadhafi et la reconquête de la Libye par les banquiers occidentaux et le groupe Rothschild.

Source : Union Révolution Citoyenne

Les médias ont beau nous présenter l’invasion de la Libye comme une libération par les révolutionnaires de Benghazi, il est évident pour nous qu’il ne s’agit ici que d’une prise de contrôle occidental. Le 21 février, il y a plus de 9 mois, la déroute des forces pro-Kadhafi était telle qu’ils devaient déjà employer des mercenaires et des avions de chasse pour mater les aspirations révolutionnaires. L’islamo-fasciste Kadhafi, ami de Ceaucescu, complice de Foccart, Houphouet-Boigny et de Blaise Compaoré, assassin de l’égalitariste Thomas Sankara, utilise contre son peuple les mêmes méthodes fascistes qu’il a testé au Libéria et en Sierra-Leone.

«Les gens sont tués, Kadhafi paient des gens pour tuer les Libyens», explique en anglais un ancien «colonel de l’armée» qui souhaite garder l’anonymat. L’homme, un simple cartable à la main, ancien responsable de la sécurité, refuse d’être filmé et décrit une «situation très mauvaise depuis la nuit dernière» avec des mercenaires «venus d’ailleurs» à la solde de Kadhafi et «qui tuent les gens». Des avions de chasse tirent sur la foule selon la chaîne de télé Al-Jezira qui citent de nombreux témoignages concordants. Selon le correspondant d’Al-Jezira à Malte, le pilote d’un des avions libyens arrivés plus tôt dans la journée serait un colonel, à qui on avait demandé de bombarder les manifestants à Benghazi. Il aurait refusé et du coup aurait fui la Libye. Un autre témoin à Fachloum a indiqué que des hélicoptères avaient survolé le quartier pour faire descendre des mercenaires africains armés, qui ont tiré sur toutes les personnes se trouvant dans la rue.

Alors que dans une conférence de presse Oana Lungescu, la porte-parole de l’OTAN, affirme à deux reprises qu’elle agit uniquement dans le cadre du mandat de l’ONU-115, certains observateurs jugent que le rôle militaire de l’OTAN a dépassé la simple protection des civils, notamment par le déploiement au sol de forces spéciales et dans l’aide aux rebelles en-dehors de la simple protection des civils. C’est pour cette raison que l’annonce par les impérialistes de leur immixtion dans les affaires intérieures libyenne, de leur appui aux Islamistes radicaux de Benghazi, ont eu pour effet de COLMATER l’armée fidèle à Kadhafi. L’invasion de la Libye a eu l’effet contraire de celui souhaité, ou du moins avoué. Mais souhaité par qui? Le mobile est dévoilé par la chronologie : si le mobile réel de l’intervention avait été d’empêcher la victoire ‘citoyenne’ de la Révolution Libyenne. La chronologie exacte des événements devient parfaitement claire : au moment où la défaite de Kadhafi devenait certaine, au moment où l’insurrection allait prendre Tripoli, c’est à partir de CE moment-là que les USA et la France sont entrée dans la partie pour, avec l’aide de leurs amis du CNT de Benghazi, faire tout ce qu’il fallait pour amoindrir la force d’impact des révolte populaires des autres régions. Ici comme ailleurs, l’organisation en délégués révocables du peuple est une condition fondamentale de l’accouchement révolutionnaire le plus rapide et le moins douloureux. Que cela serve d’enseignement, en Libye comme ailleurs, il faut un gouvernement de délégués révocables pour remplacer l’actuel système parlementaire bourgeois corrompu et anti-démocratique.

Mais alors quels étaient les réels mobiles de l’invasion de la Libye par les occidentaux et les engins de la mort de l’OTAN? Kadhafi vendait déjà son pétrole à un prix aventageux pour l’occident. Il faut savoir que le contrôle de la monnaie et des banques d’un pays est essentiel à sa mise sous tutelle. On se rappellera que l’Irak de Sadaam Hussein avait été envahie peu de temps après que ce dernier ait décidé d’échanger son pétrole en EURO, au lieu d’utiliser le dollars US; que Hugo Chavez au Vénézuella et Mahmoud Ahmadinejad en Iran ont fait de même en s’attirant les foudres de Washington. Lorsqu’on comprend l’importance pour les capitalistes de contrôler la monnaie et les banques, on comprend leur insistance à vouloir influencer, voir contrôler les révolutions populaires : la guerre en Libye n’est autre qu’une lutte entre les banques (centrales et privées) de Rothschild et la finance islamique qui gagnait en force en Tunisie et en Libye et dont les ‘anciens-dictateurs’ voulaient répendre dans leur pays, au détriment des banques et investisseurs occidentaux.

Contrairement aux banques occidentales, la finance islamique ne pratique pas l’usure (pas de taux d’intérêt) et exige un investissement conforme à la charria c’est-à-dire respectant une éthique sociale et religieuse. Pas d’investissement dans la porno ou l’armement par exemple. Or la finance islamique était en plein développement dans le monde arabe et était très avancée déjà…en Tunisie! La famille Ben Ali avait même lancée un vaste complexe financier islamique, qui devait servir de tête de pont entre le Maghreb et l’Europe. Évidemment, la banque islamiste, Zitouna de son nom, a aussitôt été placée sous le contrôle de la banque centrale tunisienne (contrôlée par le groupe Rothschild) après le départ des Ben Ali. Une conclusion s’impose : on ne peut combattre une organisation qui possède le pouvoir d’imprimer de l’argent à l’infini comme ont les banques centrales. Il faut garder l’objectif de la destruction du système bancaire actuel comme prémisse à tout soulèvements populaires, sans quoi nous échouerons assuréement.

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