...La finance mondiale n’a pas trouvé son maître

Le 9 août 2007, éclatait « la plus grave crise financière depuis 1929 ». C’est ce qu’affirme Jacques Attali dans un entretien avec des journalistes du quotidien Le Monde. « Depuis, elle affecte inexorablement l'économie mondiale (…). Cette crise démontre l'impossibilité de laisser la finance se réguler seule ».

 Pour l'économie, la crise est un tsunami qui approche (Jacques Attali, 8 août).

« Les douze mois noirs de la finance mondiale » (Le Monde, 8 août).

9 août 2007 : La Banque Centrale Européenne (BCE) injecte 94,8 milliards d’euros de liquidités et la Réserve Fédérale (FED) américaine 24 milliards de dollars.

1er octobre 2007 : La banque américaine Citigroup annonce qu’elle est touchée par la crise. Son bénéfice chute de plus de la moitié (- 57%) au 3ème trimestre.

28 novembre 2007 : Le fonds souverain d’Abu Dhabi acquiert 4,9% de Citigroup en injectant 7,5 milliards de dollars.

17 janvier 2008 : Merril Lynch annonce 9,8 milliards de dollars de pertes au 4ème trimestre.

18 janvier 2008 : George Bush annonce un plan de relance de 150 milliards de dollars.

22 janvier 2008 : La FED baisse son taux directeur de 0,75 point à 3,5%.

17 février 2008 : La banque britannique Northern Rock est nationalisée pour éviter un dépôt de bilan.

16 mars 2008 : JP Morgan Chase achète Bears Stearns pour 236 milliards de dollars.

8 avril 2008 : Le Fonds Monétaire International (FMI) chiffre le coût de la crise financière à quelque 1000 milliards de dollars.

Juillet 2008 : les deux institutions de refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae voient leur cours de Bourse s’effondrer.

30 juillet 2008 : George Bush annonce un plan de sauvegarde de l’immobilier de 300 milliards de dollars.

 

Le paysage financier a été bouleversé (Le Monde, 8 août) : un paysage bancaire ravagé, l'aversion pour les produits financiers sophistiqués, la fin du crédit pas cher, la perte de l'hégémonie des agences de notation, l'avènement des "fonds souverains" : tels sont les points développés dans cet article.

 Un peu d’histoire de la finance, avec un article de Bertrand Groslambert, professeur de finance, dans Libération (Rebonds), le 4 août 2008.

Crises financières, l’éternel retour

La déréglementation de l’économie mondiale crée ou recrée les conditions d’émergence de risques que l’on pensait cantonnés au siècle de la machine à vapeur.

Démarrant avec la fin de Bretton Woods en 1971, puis s’accélérant avec l’effondrement du communisme, l’économie mondiale est désormais caractérisée par sa globalisation. Le libéralisme économique, initié en 1975 par les «Chicago boys» au Chili et par Margaret Thatcher en 1979 au Royaume-Uni, s’est progressivement étendu au reste du monde. Les programmes d’ajustement du FMI l’ont imposé à la plupart des pays en voie de développement.

Aujourd’hui, le mode de régulation de l’économie mondiale nous renvoie, dans une certaine mesure, à l’époque de la reine Victoria, et à ses politiques du «laisser-faire». Les marchés financiers sont grandement dérégulés et les capitaux circulent à peu près librement autour du globe. Ainsi, les propos que tenait, en 1909, le célèbre magazine britannique The Economist, sont à nouveau d’actualité : «Pour peu que le gouvernement n’essaie pas d’influencer le système dans une direction particulière, nous avons désormais la possibilité d’investir où bon nous semble, et chaque émetteur, quelle que soit sa nationalité, a toutes opportunités pour satisfaire ses besoins à Londres.»

Cette ressemblance se retrouve aussi dans la fréquence des crises. Le XIXe siècle a été régulièrement secoué par les krachs boursiers et les récessions. Entre 1836 et 1839, plusieurs Etats américains, tels de vulgaires pays en développement, furent acculés à la faillite, incapables de rembourser leur dette. Tout au long du siècle, ils furent suivis sur le chemin de la banqueroute par de nombreux pays : Turquie, Egypte et Grèce en 1875-76, Australie et Canada en 1893, Brésil et Mexique en 1914. Durant cette époque, la révolution industrielle, avec son cortège de nouvelles technologies, donna naissance à de nombreuses bulles spéculatives qui, pour la plupart, s’achevèrent dans la panique et l’effondrement du système financier.

On peut citer, par exemple, la crise de 1857 aux Etats-Unis. Nourrie de la spéculation sur l’or en Californie, et renforcée par l’essor des chemins de fer, l’euphorie financière fut brutalement interrompue en août 1857 par la faillite d’un établissement financier new-yorkais. Il s’ensuivit une profonde récession, qui se propagea en Europe et en Amérique latine.

Depuis une trentaine d’années, on assiste au retour des crises financières : crise de la dette des pays en voie de développement dans les années 1980, effondrement du Chili en 1982, marasme japonais des années 1990, explosion du système monétaire européen en 1992, débâcle du peso mexicain en 1994, désastre asiatique de 1997, défaut russe et sauvetage en catastrophe du fonds LTCM à l’été 1998, effondrement de la bulle internet en 2000-2001, chaos argentin des années 2001-2002, crise des subprimes en 2007-2008.

Tout ceci démontre une volatilité accrue du système économique international. Les folies spéculatives et les crises brutales ayant accompagné le décollage économique de la révolution industrielle semblent à nouveau le lot d’une économie globalisée et dérégulée.

Est-ce à dire que, face aux aléas économiques, nous sommes aujourd’hui dans la même situation qu’à l’époque de l’étalon-or ? Probablement pas. La meilleure compréhension des mécanismes économiques et la création de banques centrales garantes de la stabilité et de la confiance dans le système financier laissent supposer que l’économie réelle est aujourd’hui mieux protégée des chocs conjoncturels. L’intervention, en mars, des autorités américaines pour sauver, à travers la banque Bear Stearns, l’ensemble du système financier en est une spectaculaire illustration.

Cependant, ce type de sauvetage pose le problème de la responsabilité des banques. Face : le banquier gagne ; pile : le contribuable perd. On peut penser que la nouvelle équipe, qui reprendra les commandes à Washington dans quelques mois, se penchera sérieusement sur la question. Le retour d’une réglementation encadrant plus strictement l’activité des banques et autres établissements financiers semble nécessaire si l’on veut éviter que l’argent public ne serve à cautionner les errements des spéculateurs. Sommes-nous à la fin du cycle de déréglementation ? Si ce n’est pas le cas, il est certain que d’autres crises se développeront.

Voir aussi  PCF : "La bourse ou la vie" (L’Humanité, entretien avec Alain Obadia, 2 juillet 2008), et, dans l’actualité, des informations qui prouvent la dégradation de la situation économique (Le Monde, 8 et 9 août 2008).

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