NELSON MANDELA

Nelson Rolihlahla Mandela (« Madiba », de son nom tribal), né le 18 juillet 1918 à Mvezo en Afrique du Sud est un homme politique et un chef d'Etat d'Afrique du Sud qui fut l'un des dirigeants historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid avant de devenir président de la République d'Afrique du Sud de 1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.

Nelson Mandela intègre le Congrès national africain (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, qui commencent à être mises en place par le gouvernement du Parti national en 1948. L'ANC est interdit en 1960, et la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC, Umkhonto we Sizwe, en 1961, qui mène une campagne de sabotage contre des installations publiques et militaire. Arrêté par le gouvernement sud-africain, avec la collaboration de la CIA, il est condamné lors du procès de Rivonia à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il devient au cours des années une célébrité bénéficiant d'un soutien international, symbole de la lutte pour l'égalité raciale.

Après vingt-six années d'emprisonnement dans des conditions souvent très dures, Mandela est relâché le 11 février 1990, et soutient la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik de Klerk. En 1993, il reçoit conjointement avec ce dernier le prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin pacifique du régime d'apartheid et pour avoir jeté les bases d'une nouvelle Afrique du Sud démocratique.

Après une transition difficile où de Klerk et lui évitent une guerre civile entre les partisans de l'apartheid, ceux de l'ANC et ceux de l'Inkhata à dominante zoulou, Nelson Mandela devient le premier président noir d'Afrique du Sud en 1994. Il mène avec succès une politique de réconciliation nationale entre Noirs et Blancs et de lutte contre les inégalités économiques, mais néglige la lutte contre le sida, en pleine expansion en Afrique du Sud. Après un unique mandat, il se retire de la vie politique active mais continue à soutenir publiquement le Congrès national africain tout en condamnant ses dérives.

Il continue la lutte contre la pauvreté mais aussi de la lutte contre le sida au travers de plusieurs associations, surtout après la mort de l'un de ses fils suite à cette maladie. Il est une personnalité mondialement écoutée au sujet des droits de l'homme et est salué comme le père d'une Afrique du Sud multiraciale et pleinement démocratique, qualifiée de « nation arc-en-ciel », même si le pays rencontre toujours de graves problèmes d'inégalités économiques, de mixité sociale et de replis communautaires.

C'est en 1944 que Nelson Mandela rejoint le Congrès national africain. L'ANC connaît alors une nouvelle vigueur sous la direction d'Alfred Xuma. C'est la même année que Mandela se marie avec Evelyn Ntoko Mase. Le couple aura quatre enfants. En 1945, Xuma introduit pour la première fois l'exigence du suffrage universel non racial (one man one vote) dans les revendications du mouvement faisant évoluer la revendication communautaire du parti de lutte contre les discriminations raciales à une lutte pour le pouvoir politique. Il doit tenir compte de l'influence croissante de la toute jeune et radicale Ligue de jeunesse de l'ANC menée par Anton Lembede, Walter Sisulu et Oliver Tambo, à laquelle adhère Mandela, et qui incite aux actions de masse afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et contre la ségrégation raciale, en cours d'uniformisation sur l'ensemble des quatre provinces sud-africaines.

Depuis la fondation de l'Union d'Afrique du Sud en 1910, le pays connaît une inflation de législations ségrégationnistes ou discriminantes. De 1913 à 1942, une succession de lois interdit aux Noirs d’être propriétaires de terres en dehors des « réserves » indigènes existantes qui représentent 7 % de la superficie totale de l’Union sud-africaine ce qui provoque l’expropriation de nombreux paysans indépendants noirs et la constitution d’un prolétariat agricole, puis introduit la ségrégation résidentielle permettant aux municipalités de créer des quartiers réservés aux Noirs et de limiter leur urbanisation et ensuite supprime les Noirs des listes électorales communes de la province du Cap. Une loi agrandit ensuite les réserves indigènes existantes de 7 à 13 % de la surface du pays, ôtant dans le même temps aux résidents noirs du Cap le droit d'acheter de la terre en dehors des réserves. En 1942, suite à plusieurs discours anti-guerre et par « prévention des troubles », les grèves des travailleurs noirs sont déclarées illégales au titre de l'effort de guerre.

Aux élections générales de 1948, la victoire inattendue du Parti national, parti alors exclusivement afrikaner, entraîne la mise en place d'une nouvelle politique de ségrégation sous le nom d'apartheid, où le rattachement territorial puis la nationalité et le statut social dépendent du statut racial de l'individu, défavorisant largement la population noire et interdisant les mariages mixtes, entre autres. De son côté, la ligue de jeunesse de l'ANC se montre déterminée. En interne, elle parvient à faire écarter Alfred Xuma, jugé trop modéré, pour imposer James Moroka et préparer une grande campagne de défiance.

En 1951, Olivier Tambo et Nelson Mandela sont les deux premiers avocats noirs de Johannesburg. En 1952, Nelson Mandela est élu président de l’ANC du Transvaal et vice-président national. Il mène avec l'ANC, la defiance campaign qui prône la désobéissance civile contre les lois considérées injustes, qui culmine avec une manifestation le 6 avril 1952, date du trois centième anniversaire de la fondation du Cap et de la première installation de blancs en Afrique du Sud. Sur les dix mille manifestants, huit mille cinq cents sont arrêtés, y compris Nelson Mandela. La campagne continue en octobre avec des manifestations contre les lois de ségrégation et contre le port obligatoire de laissez-passer pour les Noirs. Le gouvernement Malan modifie alors la loi sur la sécurité publique (public safety act de 1953) autorisant le pouvoir à suspendre les libertés individuelles, à proclamer l'état d'urgence et à gouverner par décrets. Mandela est condamné à neuf mois de prison avec sursis, se voit interdir toute réunion et est placé en résidence surveillée chez lui à Johannesburg où il en profite pour organiser l’ANC en cellules clandestines. Cette campagne de résistance passive, qui a pris fin en avril 1953, permet à l'ANC de gagner en crédibilité, passant de sept mille à dix mille adhérents. Son option non raciale lui permet de s'ouvrir aux Indiens et aux communistes blancs, mais les métis restent plus circonspects. Quand James Moroka tente de plaider la conciliation avec le gouvernement, il est renversé par la ligue des jeunes du parti qui impose alors Albert Lutuli à la tête de l'ANC. En 1955 a lieu le congrès du peuple qui adopte la « Charte de la liberté » qui donne les bases fondamentales du mouvement anti-apartheid. Pendant cette période, Nelson Mandela et son ami Oliver Tambo dirigent le cabinet d'avocats Mandela & Tambo qui fournit un conseil juridique gratuit ou à bas coût pour les nombreux Noirs qui ne peuvent payer les frais d'avocats.

Nelson Mandela assouplit son fort anticommunisme chrétien pour demander l’union entre les nationalistes noirs et les blancs du parti communiste sud-africain dans le combat contre l'apartheid. Le Suppression communist act du gouvernement, qui considère comme communiste quiconque « cherche à provoquer un changement politique, industriel, économique ou social par des moyens illégaux », alors qu'il n'existe aucune possibilité pour les Noirs, hormis le système judiciaire, de lutter contre l'apartheid, contraint tous les courants allant du nationalisme au révolutionnaire à s'unir. Au niveau législatif, seuls le Parti uni représentant l'opposition blanche et les métis, et le parti libéral de Margareth Ballinger essayent de lutter contre l'apartheid. Alors qu'ils sont engagés dans une résistance pacifique, Nelson Mandela et cent cinquante-six autres personnes sont arrêtés le 5 décembre 1956 et accusés de trahison. Un procès marathon qui dure de 1957 à 1961 s'ensuit, où tous les prévenus, aidés notamment par des fonds internationaux, exploitent toutes les imprécisions de la législation et sont finalement progressivement relâchés puis finalement acquittés par la justice sud-africaine.

En 1957 Nelson Mandela divorce puis épouse en 1958 Winnie Madikizela-Mandela.

De 1952 à 1959, une nouvelle sorte d'activistes noirs, connus sous le nom d'Africanistes, troublent les activités de l'ANC dans les townships, demandant une action plus drastique contre la politique du gouvernement. La direction de l'ANC, qui comprend Albert Lutuli, Oliver Tambo et Walter Sisulu, pense que non seulement les africanistes veulent aller trop vite, mais aussi qu'ils remettent en question leur autorité. L'ANC renforce donc sa position en faisant des alliances avec des petits partis politiques blancs, indiens et colorés dans une tentative d'apparaître plus rassembleur que les africanistes. En 1959, l'ANC perd son plus grand soutien militant quand la plupart des africanistes, qui ont l'aide financière du Ghana et politique des Basothos, font sécession pour former le Congrès panafricain (PAC) sous la direction de Robert Sobukwe.

Le 5 août 1962, Nelson Mandela est arrêté après dix-sept mois de clandestinité et est emprisonné au fort de Johannesburg. Son arrestation a été rendue possible par la Central Intelligence Agency (CIA), qui a renseigné la police sur la cachette et le déguisement de Mandela en chauffeur de voiture. La CIA donne ses informations en échange de la libération de l'un de ses agents infiltré détenu par la police sud-africaine qui ne voulait pas le relâcher. Mandela est en effet considéré par ces organisations comme terroriste et communiste dans le contexte de guerre froide où « l’idéologie de l’apartheid s’affichait comme ligne de défense de l’Occident » dépendante de ses minéraux et métaux (or, platine, chrome, manganèse, uranium, antimoine, diamant...) et dont l'Afrique du Sud, « gardienne de la route maritime du Cap », est l'un des principaux producteurs mondiaux du monde libre.

Trois jours après son arrestation, les accusations d'organiser une grève en 1961 et de quitter le pays illégalement lui sont lues. Le 25 octobre, Nelson Mandela est condamné à cinq ans de prison. Alors que Mandela purge sa peine de prison, la police arrête plusieurs dirigeants de l'ANC à Rivonia, au nord de Johannesburg, où est situé le quartier général de la direction d’Umkhonto we Sizwe, le 11 juillet 1963. Parmi les onze personnes arrêtées figurent Walter Sisulu et Govan Mbeki. Nelson Mandela est lui aussi mis en cause et avec ses compagnons, et est accusé par le ministère public de quatre sabotages, de trahison, de liens avec le parti communiste sud-africain, mais aussi de comploter une invasion du pays par l'étranger, ce que Mandela dément.

Le « procès de Rivonia » débute le 9 octobre 1963 devant la haute cour de Pretoria présidée par Quartus de Wet, un juge afrikaner nommé durant la période de gouvernement de Jan Smuts et du Parti uni et, à ce titre, considéré par Mandela et les siens comme indépendant du gouvernement nationaliste. Durant le procès, à l'aide des documents saisis à Rivonia, le procureur détaille les commandes d'armes, les liens entre l'ANC et le Parti communiste et les plans destinés à renverser le gouvernement.

Dans sa déclaration pour sa défense le 20 avril 1964, devant la Cour suprême de l’Afrique du Sud à Pretoria, Nelson Mandela expose le raisonnement qui l'a fait recourir à la violence comme tactique. Il révèle comment l'ANC a utilisé des méthodes pacifiques pour résister à l'apartheid pendant des années, jusqu'au massacre de Sharpeville, la déclaration d'état d'urgence et l'interdiction de l'ANC par le gouvernement, qui leur a montré que leur seul choix était de résister à travers des actes de sabotage. Faire autrement aurait été pour eux pareil à une capitulation sans condition. Nelson Mandela explique comment ils ont écrit le manifeste du Umkhonto we Sizwe avec l'intention de démontrer l'échec des politiques du Parti national quand l'économie serait menacée par le manque de volonté des étrangers à risquer des investissements dans le pays. Il finit sa déclaration, reproduite intégralement dans le Rand Daily Mail, le grand quotidien progressiste anglophone de Johannesburg, par ces mots :

« Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J'ai combattu contre la domination blanche et j'ai combattu contre la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et accomplir. Mais, si besoin est, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

Les accusés sont jugés coupables de sédition le 11 juin 1964 et condamnés à la détention à perpétuité le 12 juin, à l'exception de Lionel Bernstein qui est acquitté. Si Mandela et la majorité de ses compagnons sont reconnus coupables des quatre chefs d'accusation, ils échappent à la peine de mort dont ils étaient passibles parce que le juge n'estime pas prouvée l'intervention étrangère invoquée par le ministère public. Selon des sources de l'ANC, d'historien, journalistique ou de juriste, la pression internationale a également influencé le verdict, ce que pense également Oliver Tambo à Londres, mais ce que ne relèvent pas d'autres historiens traitant du procès de Rivonia.

Pour Nelson Mandela, si le ministre de la Justice John Vorster souhaitait bien qu'il soit condamné à mort, le juge avait pour sa part peut-être été influencé par les protestations internationales comme celles du syndicat des dockers qui avaient menacé de ne plus charger les marchandises pour l'Afrique du Sud, ou par les protestations d'une cinquantaine de membres du congrès américain et du parlement britannique. Le fait qu'aucune action de guérilla n'avait débuté et que l'ANC et MK avaient été considérées comme des entités séparées par le juge, auraient été aussi, selon l'analyse de Mandela, une raison de la « clémence » relative du verdict. Le Premier ministre Hendrik Verwoerd déclara devant le parlement sud-africain qu'aucune protestation de quelque origine qu'elle fût n'avait influencé le jugement, et encore moins la lettre et les télégrammes que lui-même avait reçus de Léonid Brejnev et des pays socialistes, lesquelles avaient, selon sa déclaration, finis à la poubelle. Juste avant le verdict, Alan Paton, chef du parti libéral avait déposé auprès du juge de Wet une requête d'indulgence.

Le Conseil de sécurité des Nations unies condamne le procès de Rivonia et commence à s'engager vers la recommandation de sanctions internationales contre l'Afrique du Sud. La résolution 181 d'août 1963 du Conseil de sécurité de l'ONU condamnait l'apartheid et demandait à tous les États d'arrêter volontairement leurs ventes d'armes à l'Afrique du Sud mais cette demande ne sera jamais contraignante avant la résolution 418 du 4 novembre 1977 imposant un embargo sur les ventes d'armes.

En 1964, la résistance se retrouve décapitée. Les attaques armées de MK en territoire sud-africain cessent et ne reprendront véritablement pas avant 1976. Tandis que les pays du Commonwealth prennent leur distance, le gouvernement sud-africain, loin d'être sanctionné, profite des années de prospérité économique pour encourager l'immigration européenne et développer son industrie et son armement avec l'Allemagne et la France, avec le soutien des États-Unis au nom de la lutte contre le communisme. Verwoerd intensifie l'application de sa politique de séparation forcée en procédant à de nombreuses expulsions de populations noires vers les zones qui leur sont attribuées afin que de bonnes terres soient développées ou habitées par les blancs. Un système de contrat oblige les salariés noirs de l'industrie à vivre dans des résidences dortoirs au sein des townships loin de leurs familles demeurées en zone rurale. Les conséquences pour ces populations sont souvent catastrophiques au niveau social tandis que la population carcérale atteint cent mille personnes, un des taux les plus élevés au monde. Entre 1960 et 1980, ce sont plus de trois millions et demi de paysans noirs qui sont dépossédés de leurs terres sans aucun dédommagement pour devenir un réservoir de main-d'œuvre bon marché et qui ne sont plus des concurrents pour les fermiers blanc.

Nelson Mandela est emprisonné dans l'île prison de Robben Island, où il restera dix-huit de ses vingt-sept années de prison. Alors qu'il est en prison, sa réputation grandit et il devient connu de manière internationale comme le plus important dirigeant noir d'Afrique du Sud. Sur l'île, lui et d'autres prisonniers doivent effectuer des travaux forcés dans une carrière de chaux. Les conditions de vie dans la prison sont très rudimentaires. Les prisonniers sont séparés selon leur couleur de peau, les prisonniers noirs recevant les plus petites rations. Les prisonniers politiques, dont fait partie Nelson Mandela, sont séparés des criminels de droit commun et ont encore moins de privilèges. Mandela étant un prisonnier de classe D (la plus basse classe), il n'a droit qu'à un visiteur et une lettre tous les six mois. Quand il reçoit une lettre, c'est souvent après qu'elle a été retardée durant une longue période et rendue illisible par la censure de la prison. Il se lave avec de l'eau de mer froide et dort dans une cellule minuscule.

Mais si Robben Island est un lieu pour briser la volonté des prisonniers, celle de Mandela semble se fortifier avec la détention. Selon le témoignage d'Amhed Kathrada, un de ses codétenus, Mandela n'accepte aucun traitement de faveur, que ce soit pour le travail ou les vêtements, et mène toutes les actions de contestation avec les autres prisonniers, dont des grèves de la faim. Quand ils ne vont pas à la carrière, Mandela et les autres détenus cassent des cailloux dans une des cours de la prison avec des cadences éprouvantes. Malgré ce régime, Mandela continue de résister de manière non violente, combattant pour sa dignité et celle des autres détenus et refuse d'appeler les gardes sous le nom de baas (patron) comme ils l'exigent. 

Les conditions sont très dures au cœur de la carrière de chaux, où les prisonniers sont victimes de kératite due à la poussière et à la lumière, Mandela devant plus tard se faire opérer du canal lacrymonasal. Ils y échangent néanmoins leurs connaissances dans ce qui devient « l'université Mandela », parlant aussi bien politique que de William Shakespeare, Nelson Mandela récitant et enseignant le poème Invictus (Invaincu) de William Ernest Henley afin de les encourager.

Alors que beaucoup de prisonnier les plus militants du Congrès panafricain refusent de parler ou même regarder les gardiens, Mandela essaye de les comprendre. Il apprend que les respecter peut apporter des avantages et voit que les afrikaners sont surtout dirigés par la peur que la majorité noire ne partage pas vraiment le pouvoir avec eux et fasse d'eux et leurs familles les victimes d'une révolution sanglante. Nelson Mandela profite de ces années pour apprendre l'histoire des Afrikaners et leur langue, l'afrikaans, afin de comprendre notamment leur mentalité et d'établir un véritable dialogue avec eux. Défiant le point de vue de l'ANC, qui considérait alors le pouvoir afrikaner comme une version moderne du colonialisme européen, il en vient lui-même à estimer et déclarer que l'Afrikaner est un Africain au même titre que n'importe lequel de ses codétenus noirs, songeant que, à leur place et dans d'autres circonstances, il aurait pu avoir la même vue sur l'apartheid. Cette compréhension des Afrikaners lui donne l'esprit de réconciliation nécessaire aux futures négociations.

En 1971, au bout de sept ans, il quitte la carrière de chaux et est transféré au ramassage du guano, d'où il peut voir la mer. Le 6 décembre de la même année, l'Assemblée générale des Nations unies en séance plénière déclare l'apartheid crime contre l'humanité.

Au début de l'année 1976, il reçoit pour la première fois la visite d'un membre du gouvernement sud-africain. Le ministre des prisons, Jimmy Kruger, vient lui proposer une libération à condition qu'il se fixe au Transkei, alors dirigé par Kaiser Matanzima, neveu de Mandela condamné par celui-ci pour son soutien passif de l'apartheid. Madela refuse, fait part de ses revendications et pose la question de sa libération en invoquant au passage l'histoire de plusieurs héros de la cause nationaliste afrikaner, un temps eux-mêmes condamnés pour haute trahison puis finalement rapidement graciés. Il décline même toute rencontre Matanzima de peur que cela légitimisme les bantoustans auprès de la communauté internationale.

Le 16 juin 1976 éclatent les émeutes de Soweto qui entament une nouvelle étape dans la contestation et la répression. En septembre 1977, Steve Biko, fondateur du Mouvement de Conscience noire meurt torturé en prison par la police. En octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies avec la résolution 417 « condamne vigoureusement le régime raciste sud-africain » et demande la libération de « toutes les personnes emprisonnées au titre de lois arbitraires sur la sûreté de l'État […] et pour leur opposition à l'apartheid ». En novembre, avec la résolution 418, il impose un embargo sur les ventes d'armes à destination de l'Afrique du Sud. Nelson Mandela ainsi que d'autres militants sont placés en isolement carcéral, où radio et journaux sont interdits ou bien censurés. En 1979, il revoit, après quinze ans, sa deuxième femme, Winnie, qui subit aussi la prison ou l'assignation à résidence et le bannissement.

En mars 1982, Mandela est transféré, en compagnie des principaux dirigeants de l'ANC à la prison de Pollsmoor, dans la banlieue du Cap. S'il a été envisagé un moment que ce transfert avait été réalisé afin d'éloigner ces dirigeants de la nouvelle génération de Noirs emprisonnés à Robben Island, surnommée l'« université Mandela », le ministre de la Justice Kobie Coetsee a dit au contraire que ce transfert avait été accompli afin de pouvoir établir un contact discret entre eux et le gouvernement sud-africain.

Pendant les années 1980, le MK relance la guérilla occasionnant la mort de nombreux civils: tentative de sabotage de la centrale nucléaire de Koeberg, poses de mines anti-personnel dans le Northern et Eastern Transvaal tuant une vingtaine de personnes dont des enfants à Chatsworth dans le district de Messina, attentat à la bombe à Pretoria tuant dix-sept personnes, dans un centre commercial à Amanzimtoti tuant cinq personnes dont trois enfants, ou encore dans un bar de Durban. Dans l'autre camp, un escadron de la mort comme la Vlakplaas, créé pour éliminer les opposants au gouvernement de l'apartheid, commet plus d'une centaine de crimes, incluant meurtres, tortures et fraudes. Un autre escadron de la mort comme le Civil Cooperation Bureau étend ses opérations jusqu'en Europe en assassinant des militants de l'ANC dont Dulcie September en France en 1988.

En février 1985, le président Pieter Willem Botha offre à Nelson Mandela, contre l'avis de ses ministres, la liberté conditionnelle en échange d'un renoncement à la lutte armée. Mandela rejette l'offre, disant dans un communiqué transmis par sa fille Zindzi : « Quelle liberté m'est offerte alors que l'organisation du peuple demeure interdite ? Seuls les hommes libres peuvent négocier. Un prisonnier ne peut pas faire de contrats. ». La même année, Botha abolit les lois sur les laissez-passer et les mariages mixtes. Mais cela est considéré comme trop timide par Nelson Mandela qui réclame toujours avec l’ANC clandestin « un homme, une voix ».

La première rencontre entre Nelson Mandela et le gouvernement a lieu en novembre 1985, quand le ministre de la Justice, Kobie Coetsee, rencontre Mandela à l'hôpital Volks au Cap, où il est opéré de la prostate. Le long des quatre années suivantes, une série de rencontres pose les bases pour de futures négociations, mais aucun progrès réel n'est réalisé. Sa dernière prison en 1986 est une villa avec piscine dans le périmètre du centre pénitentiaire de Paarl. Il est en partie libéré le 7 décembre 1988 et mis en résidence surveillée.

Pendant toute la durée de l'emprisonnement de Nelson Mandela, la pression locale et internationale pour sa libération augmente sur le gouvernement sud-africain, sous le slogan « Libérez Nelson Mandela ! ». En 1985, il est le premier lauréat du prix Ludovic-Trarieux pour son engagement en faveur des droits de l'homme. Comme il est en captivité, c'est sa fille qui reçoit le prix en son nom.

En juin 1988 a lieu le concert hommage des 70 ans de Nelson Mandela à Wembley, regardé par six cents millions de téléspectateurs dans soixante-sept pays, qui expose au niveau mondial la captivité de Mandela et l'oppression de l'apartheid, et qui, selon l'ANC, force le régime sud-africain à libérer Mandela plus tôt que prévu. En 1989, alors que l'état d'urgence règne depuis quatre ans, Nelson Mandela écrit à Pieter Botha, et tout en précisant que « la question de [sa] libération n’en est pas une », « face au spectre d’une Afrique du Sud coupée en deux camps hostiles se massacrant mutuellement », il veut faire négocier « les deux principales organisations du pays », le gouvernement et l'ANC. Il détermine les principaux points à traiter : « Premièrement, la revendication de la règle de la majorité dans un État unitaire, deuxièmement, les inquiétudes de l’Afrique du Sud blanche face à cette demande. » Ils ont un entretien le 5 juillet 1989 dans la résidence de Botha. Cette même année, l'Afrique du Sud arrive à un moment décisif lorsque Botha, suite à une attaque cérébrale, est remplacé en tant que président par Frederik de Klerk. Le 15 octobre 1989, de Klerk libère sept dirigeants de l’ANC, dont Walter Sisulu, qui ont chacun passé vingt-cinq ans en prison. En novembre, Nelson Mandela dit de de Klerk qu'il est « le plus sérieux et le plus honnête des leaders blancs » avec qui il ait pu négocier. de Klerk annonce la libération de Nelson Mandela en février 1990 au cours d'un discours prononcé au parlement.

Pendant son emprisonnement, Mandela étudie par correspondance avec l'université de Londres via son programme externe, et reçoit un diplôme de bachelor of Laws. Il est même présélectionné pour le titre de chancelier de cette université, mais perd face à la princesse Anne du Royaume-Uni.

Dans ses mémoires, publiées en 1981, l'agent secret Gordon Winter dévoile son implication dans un complot pour faire évader Mandela en 1969 : le groupe des comploteurs avait été infiltré par Winter pour le compte du gouvernement sud-africain. Celui-ci voulait que Mandela s'échappe pour qu'il puisse ensuite être abattu pendant la poursuite. Le complot avait été déjoué par les services secrets britanniques.

À la suite des premières élections générales multiraciales du 27 avril 1994 remportées largement par l'ANC (62,6 % des voix), Nelson Mandela est élu président de la république d'Afrique du Sud. Lors d'un discours le 2 mai il prononce le « free at last - enfin libre » de Martin Luther King. Nelson Mandela prête serment aux Union Buildings de Pretoria le 10 mai 1994 devant une grande partie des responsables politiques internationaux, d'Al Gore à Fidel Castro. Il préside au premier gouvernement non racial du pays, en l'occurrence un gouvernement d'unité nationale entre l'ANC, le Parti national et le parti zoulou Inkatha Freedom Party. Ses deux vice-présidents sont alors Thabo Mbeki (ANC) et Frederik de Klerk (NP). Dans son discours d'investiture, Mandela célèbre la fin de l'apartheid dont « doit naître une société dont toute l'humanité sera fière », le retour de l'Afrique du Sud dans la communauté internationale et l'amour commun du pays et l'égalité raciale seront le ciment de la nouvelle « nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde ». Il évoque les défis de son mandat que sont la lutte contre la pauvreté, les discriminations et « qu'il n'y a pas de voie facile vers la liberté ». La date du 27 avril devient un jour férié en Afrique du Sud, le jour de la Liberté.

À partir de 1996, Mandela laisse à Thabo Mbeki la gestion quotidienne du pays et en décembre 1997 il quitte la présidence de l'ANC, ce qui permet une passation des pouvoirs en douceur et contribue à la stabilité politique du pays et à conserver sa bonne image au niveau international . Quand Nelson Mandela quitte le pouvoir à la date symbolique des émeutes de Soweto, il laisse l'image d'un grand résistant et d'un grand chef d'État, notamment pour sa capacité à pardonner. Il est l'unique personnalité politique mondiale contemporaine à avoir reçu un hommage aussi unanime et autant de respect et d'affection.

 

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Commentaires (1)

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